Les Larmes du tigre noir - Film (2000)

Les Larmes du tigre noir - Film (2000)

Film de Wisit Sasanatieng Drame 1 h 50 min 28 septembre 2000

Depuis leur enfance, Rumpoey, une fille de bonne famille, et Dum, un campagnard timide, n'aspirent qu'à vivre une belle histoire d'amour...

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Ca semble fou mais le film a le même aspect que son affiche. Production thaïlandaise sortie dans nos salles le 25 Décembre 2002 (soit une semaine après Le Seigneur des Anneaux : les deux tours, même pas peur !), Les Larmes du tigre noir fait honneur à son titre. De l'improbable, il fait naître du beau. Des saveurs du nanar, il extrait de la noblesse. Sa liberté est sa seule contrainte.

Dum et Rumpoey se sont connus durant l'enfance, à la campagne, où le petit garçon a reçu une balafre pour protéger son amie. Ils se retrouvent neuf ans plus tard à l'Université de Bangkok et tombent amoureux. Mais Rumpoey est promise à un officier de police qui tente de stopper le terrible gang de Fai, gang rejoint par Dum qui cherche à approcher Fai pour venger son père...

Romance ! Action ! Aventure ! La délirante bande-annonce française ne ment pas, ce film-là n'a que faire de la vraisemblance. Il court après le cinéma de quartier des sixties et s'en réclame avec panache. Soulignant sa naïveté dès que l'occasion se présente, il y accole une violence délirante mais jamais racoleuse car déréalisée par le surjeu permanent (fatigant ?) des comédiens et une musique tout aussi appuyée.

Offrant une direction artistique terriblement inventive soutenue par des cadres hallucinés (couchers de soleils en fonds-peints, contrastes saturés, costumes ad hoc), le film de Wisit Sasanatieng défie le mainstream contemporain. Une bouffée d'air frais qui évoque autant une attraction foraine qu'une expo art-déco. Un film qui ose tout en somme, juste pour étancher sa soif de dépaysement.

Western maquillé en mélodrame volontairement naïf, Les Larmes du tigre noir fonce bille en tête puis se fait contemplatif avec la même élégance kitsch, quelque part entre Tex Avery et un songe d'Andy Warhol. Si un second visionnage laisse entrevoir ses longueurs (le film aurait gagné à tenir sur 80mn au lieu de 110), il n'entame pas le plaisir de la première rencontre avec cet objet vraiment attachant.

Quand on lui demande sa définition du cinéma thaï, le réalisateur répond : "Amusant, délicieux, "non-sensique", presque stupide, mais adorable" (1). Dont acte !

(1) In Mad Movies n°148, p. 55