Taboo - Série (2017)

Taboo - Série (2017)

Série de Steven Knight, Tom Hardy et Chips Hardy Drame 1 saison (en cours) BBC One 1 h 7 janvier 2017

De retour d'Afrique avec des diamants acquis illégalement, un aventurier cherche à venger la mort de son père en 1813. Alors qu’il refuse de vendre l’entreprise familiale, il lance sa propre affaire de négoce et de transport et se retrouve en délicate posture entre deux nations en guerre, la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Taboo streaming

Autant être prévenu de suite : Taboo est une série de Tom Hardy, par Tom Hardy et pour Tom Hardy. Pour beaucoup (dont moi), c’est suffisant pour attiser la curiosité. Ajoutons Steven Knight, le papa de la formidable Peaky Blinders, en co-créateur, et l’intérêt s’en trouve décuplé. Une production de la BBC, un teaser alléchant, à l’esthétisme envoûtant … il ne m’en a pas plus fallu pour me jeter sur l’épisode pilote dès diffusion, un épisode séduisant et prometteur, en espérant qu’il serait le signe avant-coureur d’une saison réussie.

L’intrigue prend place dans le Londres du début du XIXe, période pré-révolution industrielle, dans une Angleterre dont les relations avec ses voisins français et ses lointains cousins américains sont loin d’être au beau fixe. James Keziah Delaney, passé pour mort auprès de tous, fait son retour pour les funérailles de son père, après avoir passé 10 ans en Afrique. « Le sauvage », « le Nègre », l’Animal » se trouve être le seul héritier des biens familiaux, et notamment un bout de terre, Nootka, situé sur la Côté Ouest de Vancouver, qui va s’avérer être un coin stratégique et un enjeu capital, car en plus d’aider à définir la frontière avec le Canada, il offre un passage vers la Chine et son florissant commerce de thé. Décidé à ouvrir son propre négoce sur place, Delaney va se retrouver au cœur de pourparlers et d’intrigues entre différents intervenants qui veulent mettre la main sur son héritage.

La première saison développe 2 histoires : celle de Nootka donc et de cette immense partie de poker que Delaney se retrouve à jouer avec la Couronne britannique, les américains et la très puissante Compagnie des Indes Orientales, et son histoire personnelle, les raisons de son absence, ses relations ambigües (doux euphémisme) avec sa demi-sœur Zilpha et le passif de ses parents. Ces deux volets sont aussi attrayants l’un que l’autre, permettant d’en apprendre plus sur le personnage central, son passé, son caractère et ses ambitions. Le souci est qu’ils ne sont pas abordés avec la même qualité, ni avec le même entrain, laissant la sensation d’une saison à deux vitesses.

Tandis que le récit politique et économique autour de ce petit bout de terrain passionne par toutes les cartes que chacun abat à tour de rôle, entrecoupées par des bluffs, des menaces, des effets de manche, des coups d’éclat et ce, jusqu’à la Quinte flush claquée sur la table par l’indiscutable vainqueur, le déroulé narratif personnel de Delaney piétine, voire désintéresse, bien que le personnage même soit captivant.

James Delaney (imposant et charismatique Tom Hardy) est un être complexe, d’une extrême violence, taciturne, sur lequel on aura des bribes d’information au fur et à mesure, un étranger dans sa propre ville, féru d’incantations chamaniques, formé aux rites africains, mais surtout un homme torturé par son passé. C’est un homme très sombre, idée renforcée par l’ambiance générale de la série, ces bas-fonds boueux et sordides dans lesquels il erre, côtoyant les prostituées et les assassins, ce gris métallique permanent, de brume et de pluie (qui rappellera évidemment le Birmingham de Peaky Blinders), au cœur duquel quelques couleurs apparaissent bien, mais toujours ternes et fanées.

(les seules couleurs vives étant celles crées par un agent américain, qui s’adonne à la teinture, comme un symbole des promesses du Nouveau Monde).

Mais cette première saison se perd parfois et s’enlise, notamment en ce qui concerne Zilpha, qui n’a strictement aucun intérêt (je dois admettre que j’ai beaucoup de mal avec Oona Chaplin et son jeu tout en « j’écarquille les yeux et … c’est tout »), ou les informations trop disséminées sur ses parents, générant un sentiment de confusion et de dispersion du récit. Une amputation de 2 épisodes aurait été la bienvenue, permettant de recentrer la narration et d’éviter de perdre en fluidité et dynamisme, retrouvés dans un formidable épisode final.

Servie par une superbe bande-son et des seconds rôles aux petits oignons (mention spéciale à Mark Gatiss, méconnaissable, et qui prouve, une fois de plus, qu’il est un acteur de second plan … de premier ordre), la première saison de Taboo, bien qu’imparfaite, séduit tout de même sur de nombreux plans et apparait au final comme le préquel d'une série qui, j’espère, aura droit à sa saison 2. Si la BBC, au vu de l’audience relativement décevante, ne décide pas tout simplement de l’annuler, comme elle l’avait fait, sans vergogne, sur l’excellente The Hour. En tout cas, je l’espère de tout cœur, car je pense que Steven Knight et Tom Hardy en ont encore sous le coude. J’en suis convaincue : promesses sont faites, promesses seront tenues.