Small Axe - Série (2021)

Small Axe - Série (2021)

Série de Steve McQueen, Alastair Siddons et Courttia Newland Mini-série, drame et anthologique 1 saison (terminée) BBC One 1 h 10 min 26 février 2021

Small Axe est une collection de cinq films du réalisateur Steve McQueen. L'histoire débute dans les années 1960 et raconte des histoires de la communauté antillaise de Londres, confrontée à un environnement souvent hostile.

Small Axe streaming

Une mini série pour cinq histoires indépendantes traitant du racisme institutionnel anglais des années 60 à 80. Steve McQueen met en lumière son pays natal, le ségrégationnisme et les débuts de l'activisme noir. D'une durée moyenne de 1h00 et 1h30 chacune, le cinéaste ouvre le récit par son portrait de la communauté noire, mais son hommage par les exemples, certains au soupçon de lutte de classes, et la simple notion de liberté bafouée, s'adressera à tous...

La plupart du temps percutantes par des situations à la simplicité déconcertante, où l'instant saisi remplace avec force tous les dialogues, on retrouve une réalisation parfois brutale, sans passage à vide, comme cette si belle réussite qu'est American Crime de John Ridley. Même maîtrise tout du long et même sujets à enjeux, traités à froid.

McQueen a le bon ton et la bonne distance, sachant pointer la dure réalité et les combats constants sans caricaturer la société blanche pour un effet encore plus dévastateur. Mettre en exergue la réussite des africains dans certaines de ses histoires, est également une excellente idée. Un beau portrait humaniste mais sans concession, à l'image de tous les hommes, sans pour autant les magnifier. Plutôt intimiste et sans misérabilisme, c'est l'histoire passée et présente d'une lutte constante à la reconnaissance par le portrait de quelques personnages oubliés, dépeints avec finesse et subtilité.

Mangrove tirée de faits réels qui se sont déroulés dans le quartier de Notting Hill entre 1967 et 1971 suit Franck Crichlow, (figure centrale du carnaval de Notting Hill lit-on sur le net et connu comme le parrain du radicalisme noir des années 60 dont McQueen ne fait pas mention), propriétaire du restaurant le Mangrove, et soumis au harcèlement. Un petit tour sur les violences policières gratuites, la haine ordinaire, et les quartiers noirs défavorisés, au décor grisâtre et peu accueillant, mais aussi un portrait joyeux de réunions solidaires s'essayant à la cohésion dans un environnement hostile. Une émeute sera l'élément déclencheur pour cibler une justice partiale aux préjugés tenaces et donnera lieu à un procès pour voie de faits. Le choix des avocats, les questionnements sur le bien fondé de l'action démontrent avec justesse les difficultés à se défendre, pour un procès qui laisse la part belle à la spontanéité, la pugnacité et la perspicacité de ses accusés. Instants jubilatoires de tranquilles joutes verbales, qui amènera le juge à revoir sa méthode avec plus ou moins de satisfaction. Le texte final nous en dira plus sur l'avenir du Mangrove...On y remarque, Shaun Parks et la toujours expansive Letitia Wright,

Lovers Rock nous fait profiter d'une sorte de speed dating en milieu confiné et bien enfumé où de jeunes femmes adeptes de la danse et du chant, joueront de séduction pour attraper l'homme parfait. De jeunes gens viendront tenter leur chance, avec quelques ratés,...Quel plaisir ici, aux scènes débordant de sensualité, et où les silences des amoureux laissera place à la musique. D'excellents morceaux qui nous feront participer à l'ambiance générale, le sourire au lèvres, pour finir dans le délire parfaitement dansé des hommes qui a leur tour se laissent littéralement emporter par les sons. Axant son intrigue sur l'amour tout court et sur un portrait de la jeunesse, c'est toute l'atmosphère des années 70 qui transpire de la pellicule. Avec en filigrane la condition des jeunes femmes soumises à la violence, le cinéaste par ces réunions débridées, renforcent le thème de la cohésion nécessaire à l'épanouissement.

Alex Wheatle (le jeune et parfait Sheyi Cole) également tiré de fait réels pour qui la rue et le gang sera matière à grandir et s'affirmer, avec l'opportunité d'y gagner sa vie, passera par la case prison et la nécessaire prise de conscience à s'éduquer, pour en sortir avec un projet d'écriture. Projet réussi, puisqu'il a à son actif une quinzaine de nouvelles à destination d'un jeune public et trois romans à visée autobiographique. Le cinéaste en profite ici pour mettre en lumière les émeutes de Brixton et dénoncer un gouvernement qui passera sous silence les crimes dont la communauté est victime. Des photos d'archives prises sur le vif, nous laisseront profiter de l'œil aguerri du photographe.

Deux très légers bémols. Par manque de scènes fortes et d'une intrigue diluée qui ne va pas au bout de son propos, Red White and Blue est le moins réussi, si ce n'est de marquer la discrimination au sein du commissariat de banlieue pour une jeune recrue (John Boyega) mais la seule présence de Steve Toussaint, qui a lui seul et tout en économie de mots et de gestes, pointe l'échec de l'adaptation au milieu des blancs, sera le plus marquant en second rôle et rattrape l'ensemble. De la même manière, le bien nommé Education cible les instances pour la scolarité visant à écarter la jeunesse noire en la plaçant dans des centres spécialisés pour déficients mentaux, dès qu'un enfant turbulent et surtout noir, dérange la classe. On y verra plutôt un état des lieux de l'époque et un signe d'un combat supplémentaire à défaut d'un portrait plus incisif. On se souvient de Peter Mullan, avec the Magdalene sisters qui traitait également des mauvais traitements faites aux jeunes filles qui sortaient du rang, dans la même période bien sombre d'une Irlande des années 60-70 et passée sous silence.

Enfin, la photographie, parfois colorée et nostalgique, parfois blafarde et dépressive par les décors naturels, invitent l'aspect documentaire et renforcent l'impact de toutes les situations mises en scène. McQueen signe un portrait peu glorieux de l'Angleterre raciste dont on entend bien peu parler en comparaison avec l'histoire des Etats-Unis, et vient rejoindre les dénonciations encore d'actualité aujourd'hui, un peu partout. Avec la musique, à tendance reggae, toujours présente pour parfaire une scène, l'introduire ou la terminer, le cinéaste nous fait bien plaisir, rompant la sobriété et le réalisme de son traitement pour quelques envolées libératrices. Il prendra aussi le temps de s'attarder par la (grande) longueur des scènes comme autant d'arrêts nous laissant submerger par les émotions et profiter des jeux des acteurs, au naturel confondant.

On salue bien bas.